Interview Exclusive d'Emmanuelle Rousse

L'Art de la danse classique

Emmanuelle Rousse

 

Professeure de danse classique, elle est la fondatrice de l’école et de la compagnie Temps de Flèche située à la MJC de Carpentras dans le Vaucluse.

Inspirée par de grands professeurs de l’Opéra de Paris tels que R. Duflot et S. Clavier, mais également par son maître de ballet, depuis l’âge de 17 ans, Andrej Glegoski : c’est avec passion qu’Emmanuelle Rousse transmet son savoir et forme les danseurs professionnels de demain.

Depuis l’année 2003, les résultats de son travail ne cessent de se confirmer. En effet nombre de ses élèves sont acceptés dans les écoles les plus prestigieuses en France et à l’Etranger : l’école de l’Opéra de Paris, le CNSMDP de Paris, l’ENSDM de Marseille, l’ESDC Rosella Hightower de Cannes, l’école Rudra-Béjart à Lausanne en Suisse, la Joffrey Ballet School à Chicago, la Bolshoi Ballet Academy et l’Alvin Ailey School à New York.

Attachée à l’héritage que représente la danse classique, elle sait à la fois marier la discipline, la rigueur et l’interprétation de la danse tout en s’adaptant au monde contemporain.

Emmanuelle Rousse est l’invitée de «Univers de la danse » cette semaine.

1. Que représente l’association Temps de Flèche, à la fois une école et une compagnie ?

Temps de flèche : c’est principalement une école, mais comme le but est de former des danseurs, j’avais envie de mettre en avant le côté artistique, au-delà du côté technique. Donc il y a cette recherche de la technique et ce travail de la technique et du placement pendant le cours ; et tout cela doit se mettre en application sur la scène.

C’est aussi une compagnie pré professionnelle comprenant juste les enfants qui veulent devenir danseurs. Il y a une vingtaine d’enfants dans la compagnie. Depuis la création, on en est à environ 80 représentations de ballets, ce qui résulte plus ou moins à 5/6 représentations par an selon les années. Les spectacles sont parfois des ballets complets ou parfois des morceaux. Le répertoire de la compagnie comprend maintenant une dizaine de ballets.

2. Comment s’organise l’emploi du temps ?

Jusqu’à présent, les élèves suivaient les cours du soir après l’école. Depuis l’année 2014, l’option danse-étude a été mise en place avec un cursus pour les enfants avec le CNED. En effet, les enfants sont scolarisés par le CNED, ce qui les incite à être plus autonomes, comme il n’y a pas de collèges/lycées souhaitant mettre en place une filière danse-étude à Carpentras. Le premier cursus mis en place est celui des élèves entre

– 12 et 18 ans : avec danse le matin/école l’après-midi

Puis un deuxième cursus a été créé à la demande, par la suite, pour les élèves entre

– 8 et 11/12 ans : avec l’école le matin/danse l’après-midi

3. Quel est l’effectif d’élèves par classe ?

Cette année, on est à environ 12/13 pour les petits et environ 10/11 pour les grands. On n’ira pas au-delà de 12 /14 élèves par classe, car on travaille mieux avec de petits effectifs.

4. Dans quels établissements les élèves poursuivent-ils leur formation professionnelle?

Depuis 2003, il y a eu :

  • 20 entrées à l’Ecole de Danse de l’Opéra de Paris depuis 2003 (France)
  • 8 entrées (2 certificats bien, 1 très bien) au Conservatoire National Supérieur de Musique et Danse de Paris – CNSMDP (Paris)
  • 11 entrées à l’Ecole National Supérieur de Danse de Marseille – ENSDM (France)
  • 7 entrées à l’Ecole Supérieure de Danse de Cannes Rosella Hightower – ESDC (France)
  • 3 entrées à l’atelier Rudra Béjart (Lausanne, Suisse)
  • 1 entrée à la Bolshoi Ballet Academy (NYC, USA)
  • 1 entrée à Alvin Ailey School (New York, USA)
  • 1 entrée à la Joffrey Ballet School (Chicago, USA)
  • 3 entrées au Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris (France)
  • 10 entrées au Conservatoire à Rayonnement Régional d’Avignon (France)

Il y a eu également plusieurs élèves admis pour des stages intensifs:

  • 8 admis au stage de la Royal Ballet School (London, England)
  • 6 admis au stage d’été de l’école de l’Opéra de Paris (France)
  • 1 admis au stage d’été de la Joffrey Ballet School (Chicago, USA)

 

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Et enfin certains élèves travaillent maintenant en tant que professionnels du métier:

 

  • 1 danseuse dans le corps de ballet de l’Opéra de Paris (France)
  • 2 danseuses au Ballet du Capitole de Toulouse (France)
  • 1 danseuse dans la Compangnie Julien Lestel (France)
  • 3 élèves ont passés l’EAT classique (Examen d’aptitude technique: requis pour passer le DE)
  • 2 élèves ont passés le DE Jazz (Diplôme d’Etat DE : examen pour être habilité à enseigner la danse en France)
  • 1 élève est devenue professeur de hip-hop

C’est bien de voir les enfants que l’on a formé, réussir et devenir danseur professionnel au bout de 10 ans. C’est très gratifiant !

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« La danse est une philosophie: la volonté de se dépasser à chaque seconde, d’aller au-delà de ses propres limites, une recherche de perfection et de pureté au travers du rêve et de la poésie du corps. »

Emmanuelle Rousse

5. Que penses-tu de l’enseignement de la danse en France ? Car tu dois adopter une pédagogie particulière pour que tous ces élèves soient admis dans des écoles prestigieuses ?

 

J’essaye de m’inspirer de tous les professeurs et maitres que j’ai eu. J’ai eu la chance d’avoir des gens formidables : d’avoir une grande culture, une grande ouverture ; non pas juste un seul style mais plusieurs styles.

Je continue à essayer de voir des choses différentes, de voir des gens, d’écouter, car finalement le nouveau c’est bien mais l’ancien aussi.

En classique, on se construit à la fois sur du passé, des choses qui existent depuis 300/400 ans et en même temps il faut moderniser. Il faut que ça devienne quelque-chose de moderne, s’adapter au monde actuel, à la demande des compagnies, au style. Maintenant il faut faire aussi du contemporain, du moderne, du néoclassique, des pointes ou pas, du jazz ou pas et il faut s’ouvrir à plusieurs styles et choses différentes. C’est très important !

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Il y a beaucoup de belles structures en France, mais qui ne sont peut-être pas exploitées au maximum. On est peut-être partie sur une voie où on oublie un peu le passé. On oublie que pour réussir, il faut répéter, il faut faire des séries. Pour réussir il faut travailler, et même si c’est une grande passion ça demande un travail acharné. Je pense qu’il faut réussir à garder un peu des deux.

L’éducation un peu stricte de la danse classique, finalement c’est quelque-chose de positif. C’est ressenti comme stricte que si c’est désagréable pour les enfants, ou si c’est dur pour les enfants, si c’est violent, méchant, injuste. Quand les enfants sentent que c’est juste, que ça les fait avancer, et que c’est pour leur bien ; quand on le fait vraiment car on connait le métier, à ce moment-là les enfants ne sentent pas ça comme quelque-chose de difficile. Ils ressentent ça comme quelque-chose de normal, d’exigent. Ils ressentent l’exigence, ils sentent que c’est important comme ça mais ils ne sentent pas que c’est difficile. Ils savent qu’ils avancent pour leur passion et qu’ils font des progrès, qu’ils dansent et que c’est la meilleure manière de leur dire qu’ils sont bons et qu’ils vont réussir un jour.

6. N’est-ce pas trop difficile de garder les élèves motivés, tous les jours ?

Moi, à Carpentras, j’y arrive. C’est vrai que l’on me connait assez pour ça. Les enfants quand ils dansent, malgré la difficulté, ils gardent le plaisir de danser.

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13. Elèves-TempsdeFlèche

 

J’essaye de tourner mon enseignement beaucoup vers cela. C’est peut-être parce-que j’ai fait aussi un peu de Martha Graham, j’ai trouvé que c’était très intéressant au niveau de la pédagogie. C’est intéressant de tourner le cours vers l’interprétation et de ne pas oublier que même le cours c’est déjà du spectacle, c’est déjà de la danse : un échange avec la musique, avec les autres. C’est déjà un travail de corps de ballet. Le travail d’interprète commence déjà là même chez les tout petits, même si on doit vraiment faire le travail de placement ; bien placer les pieds, bien placer le bassin et je prends le temps pour ça car c’est capital et c’est ce qui permet d’avancer dans la technique, dans la difficulté, d’aller plus loin, sans se blesser. Il faut faire attention à son corps, à son hygiène de vie, à son alimentation…à tout. Mais en même temps, même les petits ont le droit d’avoir du plaisir de danser, à essayer des choses ; ils peuvent interpréter, ils peuvent être élégant, être gracieux, se sentir beau… tout cela, ce n’est pas une question d’âge. On est des artistes, même si on est très jeunes, on est des artistes quand même malgré tout, déjà à ce moment-là.

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INFO

Les auditions pour les classes danse-études à partir de 9 ans se tiennent toute l’année à Temps de Flèche. N’hésitez pas à contacter l’école, qui accompagne tous les projets de danse, quel qu’ils soient !

Temps de Flèche propose également un stage international de danse pendant l’été, chaque année en Juillet. Généralement, il y a des cours de danse classique, de barre au sol, de répertoire, de pas de deux, de moderne, de jazz et de hip-hop. De nombreux professeurs d’horizons différents y sont invités, notamment des premiers danseurs et des danseurs Etoiles de l’Opéra de Paris, mais aussi des professeurs et maîtres formés en France, à New York et en Russie !

http://www.tempsdefleche.fr/   

7. Quel est le conseil principal que tu souhaiterais communiquer aux danseurs en devenir quant à la technique, l’aspect artistique, pour réussir et ne pas abandonner ?

 

Déjà c’est important d’avoir un bon professeur au départ : quelqu’un d’exigent malgré tout, si on veut devenir danseur. Si on fait de la danse en loisir, c’est moins grave, même si on peut quand même faire les choses bien. Mais si on souhaite vraiment devenir danseur, il faut que la structure soit bien construite. Moi je fais toujours une relation avec l’architecture : on ne peut pas construire un immeuble de 10 étages sans faire des fondations profondes, solides, sans structurer. Les enfants, plus ils sont placés correctement avec tout bien aligné, avec tout qui respecte l’ossature, la structure du corps, et plus ils comprennent ce qu’ils font mieux c’est. Et même quand ils sont tout petits on arrive à leur faire comprendre comment ça fonctionne, même si cela peut paraitre très abstrait. En prenant des images simples, ils arrivent à comprendre les choses.

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Et quand on a un bon placement et une bonne respiration, on n’en parle pas très souvent mais c’est quand même très important aussi. Quand on réussit à bien placer tout cela, il suffit de rajouter un peu d’artistique, de se laisser aller dans le mouvement, et après c’est facile. Il suffit d’allonger les choses, il suffit de lâcher les choses… et aussi prendre du plaisir à danser. Du coup, les enfants ont toujours envie car ils ont ce plaisir. Et chaque jour c’est presque comme une sorte d’enquête de détective, on se met du suspens soi-même. Aujourd’hui j’interprète comme ça, demain comme ça, telle musique plutôt comme ci, telle musique plutôt comme ça… ça enlève la monotonie parce-que malgré tout on fait les mêmes exercices tous les jours, à la barre de la même manière, on recommence, on recommence, on recommence encore…etc. Et donc il faut donner un côté joyeux, intéressant, et qu’ils peuvent chercher eux-mêmes en fonction de l’envie, de la musique, ou de ce que le professeur va leur raconter aussi. Mais il ne faut pas lâcher, même s’il y a des moments où c’est très difficile, il ne faut pas lâcher ! Parfois il suffit d’aller voir ailleurs aussi, c’est vrai que parfois au bout d’un certain temps dans un endroit on a juste besoin d’autre chose, on évolue différemment ; donc en allant voir d’autres choses on évolue mieux aussi. Cela ne veut pas dire tout casser, mais ça veut dire aller voir des choses différentes, se développer ailleurs : car il y a beaucoup de styles différents, il n’y a pas qu’un seul style, il n’y a pas qu’une seule manière de faire les choses.

Il faut donc garder cette flamme, la passion ! Tant qu’on a la passion, les choses ne sont pas difficiles. Au moment où on commence à sentir que c’est difficile, peut-être que l’on a perdu un peu de cette passion. Mais c’est la passion qui fait l’interprétation dans les rôles, il y a un côté théâtre, cinéma dans la danse. On exprime quelque-chose au-delà de la technique, même si, c’est capital et important. De plus, la technique ça se travaille : il faut avoir un « beau » coup de pied, l’en-dehors…Il y a plein de choses qui ne sont pas rédhibitoires, jusqu’à un certain âge on est quand même assez malléable, telle une pâte à modeler, et si on modèle les choses correctement c’est possible. Avec le travail de barre au sol (axé vers la danse classique), de Pilates: on arrive à mettre en place les choses différemment, c’est un bon travail complémentaire pour effectuer cela.

Merci beaucoup pour cette interview Manu, A bientôt !

De rien, à bientôt !

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